Réforme de la politique de la Ville

Des élus de l’opposition affirment que le Gouvernement et la majorité « ignorent les banlieues » et protestent contre la décision du Premier ministre d’attendre 2011 pour réformer la politique de la ville alors qu’ils réclamaient des mesures d’urgence…

C’est vrai que la situation dans certaines banlieues est préoccupante. Au-delà même d’actes récents de violences particulièrement choquants à Villiers-sur-Marne, où une policière a été assassinée par un gang, à Tremblay-en-France où la Courneuve, la République ne peut accepter que dans les quartiers les plus difficiles le chômage soit deux fois plus élevé qu’ailleurs en France et atteigne 40% pour les moins de 26 ans.

Mais il est très injuste d’affirmer que la majorité ignore ces quartiers. Au contraire, elle a investi des moyens considérables pour donner un élan nouveau aux banlieues :

 Au niveau de l’urbanisme : de 2003 à 2012, l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) a été dotée de 12 milliards d’euros, ce qui entraînera à terme plus de quarante milliards d’investissements qui vont changer la vie de quatre millions d’habitants qui résident dans ces quartiers. En 2013, 500 quartiers auront ainsi été rénovés…

Au niveau économique : 12 000 habitants de ces quartiers ont bénéficié de clauses d’insertion pour l’emploi spécifique ; à l’initiative du gouvernement plus de 36 000 jeunes issus de ces quartiers ont été recrutés malgré la crise par plus de 100 entreprises ; 28 000 jeunes ont bénéficié du contrat d’autonomie qui mène vers un emploi ou une formation qualifiante…

Au niveau éducatif : grâce au grand emprunt, 20 000 places seront ouvertes dans les internats d’excellence pour permettre aux jeunes des quartiers d’accéder aux meilleures formations…

Les banlieues sont d’autant moins abandonnées qu’elles ne seront pas impactées par le gel des dépenses publiques : à l’inverse François Fillon a annoncé que la dotation de solidarité urbaine, enveloppe distribuée par l’Etat aux communes confrontées à une insuffisance de ressources, serait abondée de 70 millions d’euros supplémentaires.

Si François Fillon a annoncé que la politique de la ville ne serait pas réformée avant 2011 ce n’est pas parce qu’il délaisse les banlieues mais pour trois raisons de bon sens :

Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs : il serait prématuré de lancer une réforme de la politique de la ville avant même que la réforme des collectivités locales soit mise en place alors qu’elle va bouleverser les architectures locales…

Sur l’année 2010, va être expérimenté un nouveau mode de gestion de la politique de la ville : la contractualisation entre l’État et les collectivités qui reposera sur une logique de partenariat et de responsabilisation des acteurs locaux. Il convient d’attendre les effets de cette expérimentation avant de voir sur quelles bases lancer une réforme en 2011.

La priorité absolue aujourd’hui est à la lutte contre la délinquance : les destruction de barres HLM et le traitement social dans les zones sensibles ne résolvent rien quand l’insécurité demeure. Le préalable à tout changement dans les quartiers, c’est la sécurité : les entreprises ne veulent pas s’implanter dans des quartiers où la délinquance est reine, les habitants des quartiers ne peuvent pas aller travailler ou chercher un emploi quand leur voiture est brûlée ou volée en bas de chez eux, les élèves ne peuvent pas aller à l’école si la peur au ventre les tenaille dans les transports et au sein même des établissements. A quoi bon déverser des milliards dans la politique de la ville, si en parallèle, la délinquance commence par s’attaquer aux symboles de la rénovation urbaine –nouvelles écoles, commissariats modernisés etc… (par exemple lors des émeutes à Villers-le-Bel, une école et une bibliothèque avaient été détruites) ?

Les élus de l’opposition qui dénoncent un abandon des banlieues par la majorité se livrent en réalité à une forme de chantage pour obtenir des moyens supplémentaires pour financer leurs politiques locales. Mais c’est une illusion de croire que le problème de certaines banlieues se réglera à coup de milliards, il passe avant tout par le respect de la loi Républicaine sur le terrain.

Cette concentration des efforts de la majorité sur la priorité de la sécurité, ne signifie pas qu’elle se désintéresse de l’avenir de la politique de la ville : Jean-François Copé, Gérard Hamel, député de l’Eure-et-Loir, président de l’ANRU, et Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée, viennent ainsi de lancer un groupe de travail sur la politique de la ville qui entend proposer des solutions concrètes pour rationaliser et rendre plus efficace cette politique sur le terrain dès 2011.